La marmaronette marbrée, espèce rare qu'on retrouve de passage par Ichkeul

Une catastrophe écologique atteint le lac Ichkeul et menace tout son écosystème

On dit souvent que la Tunisie est un pays pauvre qui n’a pas été gâté par la nature comme l’ont été ses voisins de la région. Dans une certaine mesure, ceci n’est pas faux. Rassurez-vous, cet article ne vient pas ressusciter la polémique autour du pétrole en Tunisie. Ce que nous voulons dire c’est que malgré le manque (ou pas) du pétrole / gaz naturel dans notre pays, tout le monde s’accordera à dire que nous avons un patrimoine naturel unique qu’on ne trouve nulle part ailleurs au monde.

Le site naturel de Ichkeul, qui a été classé en 1977 comme réserve de biosphère par l’Unesco, en fait partie. En 1996, la même ONG le classa parmi les patrimoines mondiaux en péril, ce qui implique la nécessité de renforcer sa protection.

Aujourd’hui, il n’en est rien, pire que de ne pas être renforcée, on dirait que cette protection a carrément été levée.

Tunisie Sucre, la promesse économique qui vire au cauchemar écologique

L’entrée en service en 2014 d’une usine baptisée « Tunisie Sucre » qui comme son nom l’indique est spécialisée dans le raffinage de sucre, a été apprise avec beaucoup de joie par les autorités bizertines, et a donné une lueur d’espoir à une population de jeunes alors de plus en plus touchée par le chômage.

Très vite, on allait se rendre compte que cette joie avait été quelque peu démesurée, surtout car il y avait un prix cher à payer. Et c’est avec une épaisse fumée noire envoyée en plein dans le ciel, que cette entreprise sauvage a donné le signal aux riverains que l’heure était venue pour payer, payer avec tout ce qu’ils ont de plus cher, l’environnement paisible et immaculé du lac de Bizerte.

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C’est malheureusement loin d’être fini. Rien n’est épargné, ni l’air, ni la terre ni encore la mer.

Des rejets équivalant à ceux d’une ville de 14 000 habitants !

Des tonnes de déchets liquides remplis de sucre et de produits chimiques sont quotidiennement produites par l’activité de raffinage du sucre. Des quantités tellement colossales que la capacité de l’ONAS s’en trouve largement dépassée.

L’éthique et le respect de l’environnement n’étant pas le fort de notre ami promoteur du projet, qui se trouve être un libyen ayant racheté les parts détenues autrefois par un Trabelsi, les déchets sont déversés directement et sans aucun traitement dans le lac de Bizerte et cela dure depuis environ 10 mois au vu et au su de tout le monde. « Cela va causer de gros dégâts à la faune aquatique et sur les élevages des pêcheurs » prévient un expert en biochimie.

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Dans une tentative aussi vulgaire que désespérée de noyer le poisson, des affirmations dénuées de toute véracité sont faites par la direction de l’établissement pour atténuer la portée critique de ce qui se passe réellement. Heureusement, des experts honnêtes sont revenus sur les données pour souligner l’inexactitude des conclusions qui ont en été tirées.

Afin d’illustrer nos propos, voici une question qui a été décortiquée dans un article paru le 29 juillet 2015 dans « Investir en Tunisie » :

Des analyses ont été faites sur des eaux de rejet et ont donné une Demande Biochimique en Oxygène (DBO5) de 1600mg/l, ce qui veut dire d’après le directeur technique, que l’eau marine du canal n’est pas considérée comme très polluée au point de constituer une cause de catastrophe écologique. Une aberration selon notre expert indépendant qui précise que la DBO5 de 1600mg/l dégagée en sortie d’usine correspond à plus de 50 fois à la valeur limite de pollution admise par la règlementation en vigueur qui oblige à un rejet de 30mg/l.

Par souci de concision, nous nous limiterons à cet exemple qui est toutefois loin d’être le seul.

Une station d’épuration incompatible… on s’en fout c’est juste pour faire taire les critiques

Quand on leur avait reproché leurs actes irresponsables envers le lac (et le mot n’a jamais été aussi faible), les dirigeants de l’usine sont allés investir dans une station d’épuration qui s’est avéré ne pas être en mesure de traiter tout le flux de déchets produits. Et ce, malgré que certains spécialistes ayant collaboré avec eux les en avait prévenus.

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Résultat des courses, la station est hors fonction et les rejets sont toujours propulsés dans une nature sans défense.

Le lac Ichkeul, une ligne rouge franchie

Nous parlions plus haut de la place qu’occupe Ichkeul dans le patrimoine naturel MONDIAL.

« Le lac de Ichkeul offre la particularité d’être alimenté par six oueds en eau douce durant l’hiver et d’être relié à la mer Méditerranée via le lac de Bizerte (par le canal de Tinja) durant l’été, ce qui augmente fortement la salinité de ses eaux. Le lac est l’ultime vestige d’une chaîne de lacs qui s’étendait jadis à travers l’Afrique du Nord. » – Wikipédia

Nous avons également fait une allusion à la fragilité de son écosystème. Un enjeu d’autant plus sérieux que le site offre chaque année un refuge d’hibernation et de reproduction à quelque 400 000 oiseaux d’espèces rares et menacées d’extinction.

Ceci étant souligné, revenons à la démarche éco-citoyenne qu’entreprend Tunisie Sucre pour protéger ce site !

Des déchets liquides et solides s’entassent aux environs de la lagune de Ichkeul  sans qu’aucune autorité compétente n’arrive à faire valoir son « autorité » ou sa « compétence ». Opérant dans une impunité totale, le terrain est on ne peut plus favorable pour le libyen qui se croit désormais tout permis.

Petit aperçu des déchets chimiques rejetés aux alentours du lac de Ichkeul

Petit aperçu des déchets chimiques rejetés aux alentours du lac de Ichkeul

Le Gouvernorat de Bizerte, un ton ferme mais une attitude apathique 

Lors d’une visite rendue par le gouverneur de Bizerte, le directeur régional de l’ONAS ainsi que des représentants régionaux de l’ANPE et du ministère de l’environnement en début de septembre, le gouverneur a adressé de sérieux reproches à la direction de l’usine quand il a constaté l’ampleur de la pollution dont il s’agit.

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Des reproches et un communiqué de presse (copie en annexe) dont la sévérité reflète une volonté de faire respecter la loi et l’environnement, donnant une petite bouffée d’espoir sur le coup, mais qui nous laisse sur notre faim quand on voit que rien de concret ne se passe depuis, les rejets continuent.

Cela nous mène à l’incontestable constat que Tunisie Sucre est une entreprise au dessus des lois et de toutes les valeurs de citoyenneté, voire des valeurs tout court.

Rappelons le triste scénario de Gabès il y a quelques années pour dire qu’à Bizerte aujourd’hui, le compte à rebours est à son tour déjà amorcé et si on ne se rallie pas tous ensemble contre cette profanation irrémédiable de l’une de nos rares richesses, nous risquons de le regretter amèrement quand on n’aura aucune justification à donner à nos enfants.

A suivre…

A.H

Annexe :

Communiqué du gouvernorat de Bizerte

Sources :
M. BELLAKHAL ; Tunisie-Sucre : éviter une catastrophe écologique annoncée
http://www.investir-en-tunisie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=32973:2015-07-09-11-31-57&catid=35:alaune&Itemid=143
M. BELLAKHAL ; Rebondissements dans l’affaire des nuisances de Tunisie-Sucre de Bizerte
http://www.investir-en-tunisie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=33170%3Arebondissements-dans-laffaire-des-nuisances-de-tunisie-sucre-de-bizerte&catid=35%3Aalaune&Itemid=143
M. BELLAKHAL ; Tunisie : une usine prise en flagrant délit de pollution du lac Ichkeul
http://www.investir-en-tunisie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=33667%3A2015-09-12-10-57-29&catid=95%3Apolitique-social&Itemid=317

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